Analyse
Iran : une logique de représailles au seuil d’une menace existentielle
30 JANV. 2026
/
5 mins de lecture
Auteur
Équipe Moyen-Orient – Service d’information et d’analyse, Crisis24

Alors que les tensions continuent de s’intensifier au Moyen-Orient, Crisis24 maintient un niveau de surveillance renforcé dans l’ensemble de la région et consolide sa capacité de réponse afin de soutenir les clients exposés à l’évolution du contexte de risque. Nos équipes d’intelligence, de sécurité et d’opérations suivent de près les développements afin d’aider les organisations à anticiper les perturbations, à évaluer leur exposition et à prendre des décisions éclairées à mesure que la situation évolue. Les clients nécessitant un appui ou des conseils sont invités à contacter leurs interlocuteurs Crisis24 habituels.
Points clés
- Toute action militaire américaine significative entraînerait presque certainement des représailles iraniennes contre des actifs militaires américains dans le Golfe.
- La menace visant Israël est explicite et opérationnellement crédible, des responsables iraniens ayant évoqué des frappes contre « le cœur de Tel-Aviv ».
- Les efforts diplomatiques ont peu de chances d’aboutir à une désescalade viable, les positions américaine et iranienne sur les missiles balistiques, les réseaux de mandataires et la posture régionale demeurant fondamentalement irréconciliables dans le contexte actuel.
Dynamiques d’escalade alimentant les tensions entre les États-Unis et l’Iran
Des frappes militaires américaines contre l’Iran demeurent probables, les dirigeants iraniens estimant qu’un conflit direct avec les États-Unis – et potentiellement avec Israël – constitue un risque à court terme. Washington a déployé des moyens militaires suffisants dans la région pour mener des frappes contre des cibles iraniennes, notamment un groupe aéronaval dans le golfe Persique, des destroyers équipés de missiles de croisière Tomahawk, des avions de combat supplémentaires ainsi que des plateformes de guerre électronique capables de dégrader les défenses aériennes iraniennes. Deux destroyers supplémentaires de l’US Navy ont été positionnés à proximité du détroit d’Ormuz, dans un contexte de menaces répétées du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) visant à perturber ou à fermer ce point de passage stratégique.
Le président Donald Trump a renforcé cette posture par des déclarations explicites, affirmant qu’« une autre magnifique armada se dirige actuellement vers l’Iran », tout en ajoutant que l’Iran « aurait dû conclure un accord la première fois » et en réitérant son souhait que Téhéran « conclue un accord ». Du point de vue iranien, une frappe américaine est de plus en plus perçue comme une menace existentielle pour la survie du régime, ce qui modifie profondément la logique de représailles de Téhéran et accroît la probabilité d’une réponse plus large et moins contrainte.
Calcul stratégique iranien et scénarios de réponse probables
- Les préparatifs internes iraniens suggèrent également une anticipation de perturbations prolongées. Les pouvoirs d’urgence accordés aux gouverneurs provinciaux, permettant la continuité de la gouvernance et la mise en place de mécanismes alternatifs d’approvisionnement en biens essentiels, indiquent que les autorités iraniennes se préparent à un conflit tout en cherchant à limiter les risques de troubles internes.
- En définitive, l’évolution des tensions entre les États-Unis et l’Iran dépendra largement des décisions du président Trump, compte tenu de la forte centralisation du processus décisionnel américain et de l’influence limitée des canaux diplomatiques à ce stade.
Les États-Unis et l’Iran semblent désormais engagés sur une trajectoire de confrontation. L’Iran a clairement indiqué sa volonté d’élargir le champ des représailles en cas de frappes américaines escalatoires. Cette posture est étayée par un arsenal conséquent de missiles balistiques à courte et moyenne portée, de missiles de croisière et de drones, offrant à Téhéran une capacité crédible de frappe contre Israël et les forces américaines dans l’ensemble de la région. Bien que le réseau régional de mandataires iraniens ne constitue plus le principal vecteur de projection de puissance de Téhéran, ces acteurs demeurent des instruments utiles pour une escalade limitée. Les milices pro-iraniennes en Irak conservent notamment la capacité de cibler des installations diplomatiques américaines et occidentales, en particulier à Bagdad.
Risques opérationnels et impact sur la stabilité régionale
- Compte tenu de la perception iranienne selon laquelle une frappe américaine constituerait une menace existentielle pour la survie du régime, le risque d’escalade visant des installations militaires américaines à Bahreïn, au Koweït, en Irak et en Syrie, ainsi que de frappes directes ou indirectes contre des cibles israéliennes, est élevé.
- La suspension des liaisons aériennes commerciales constituerait un premier signal d’alerte, tandis que la fermeture formelle de l’espace aérien marquerait un seuil d’escalade nettement plus grave.
Même une frappe américaine limitée contre l’Iran modifierait immédiatement l’environnement sécuritaire régional, entraînant une réponse iranienne calibrée pour afficher sa détermination tout en tentant de maîtriser l’escalade. Cette réponse pourrait inclure des tirs sélectifs de missiles ou de drones, des opérations cybernétiques ou des actions indirectes de mandataires visant à démontrer la capacité de nuisance de l’Iran sans déclencher un conflit généralisé. En revanche, des opérations militaires américaines plus larges ou prolongées pousseraient presque certainement Téhéran vers une campagne de représailles beaucoup plus étendue.
Les missions diplomatiques américaines et alliées, en particulier en Irak, seraient exposées à un risque accru de la part de milices pro-iraniennes, malgré l’affaiblissement relatif du réseau de mandataires de l’Iran. Les opérations aériennes, le trafic maritime et les activités commerciales dans l’ensemble du Golfe et de la Méditerranée orientale subiraient probablement des perturbations durables, liées aux fermetures d’espaces aériens, à l’intensification des activités militaires et aux contraintes assurantielles ou réglementaires.
Enfin, les mesures d’urgence internes mises en place par l’Iran suggèrent que Téhéran se prépare à une perturbation prolongée plutôt qu’à un échange symbolique de courte durée. Ces préparatifs visent non seulement à assurer la continuité de l’État en période de conflit, mais aussi à limiter l’instabilité intérieure en maintenant l’accès aux biens et services essentiels. Cette approche à double volet indique que les dirigeants iraniens cherchent à éviter un scénario dans lequel une pression militaire extérieure coïnciderait avec des troubles internes – une configuration que Téhéran semble considérer comme une vulnérabilité critique dans le cadre d’une confrontation prolongée.
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