Analyse
Cuba – Une lente dérive vers la catastrophe humanitaire
18 FÉVR. 2026
/
4 mins de lecture

Cuba s’enfonce dans une grave crise humanitaire et économique alors que la pression américaine et le blocage effectif des livraisons de pétrole vénézuélien ont réduit d’environ 90 % les importations de carburant de l’île en février 2026. En l’absence d’importations significatives de pétrole ou d’un relâchement de la pression américaine, l’économie cubaine a peu de chances de se redresser, et la dégradation des services essentiels devrait s’intensifier. La crise risque de perdurer, voire de s’aggraver, et d’accroître les risques pour les voyageurs étrangers, le personnel présent sur place et les opérations commerciales dans le pays.
Points clés :
- Cuba suit une trajectoire de dégradation accélérée des services essentiels sous l’effet de la pression américaine et du blocage effectif des livraisons de pétrole vénézuélien.
- L’aggravation des perturbations dans les secteurs de la santé, de l’assainissement, de la distribution alimentaire, des transports et de l’énergie est quasi certaine.
- La détérioration des conditions accroît les pressions migratoires ainsi que les risques opérationnels pour les voyageurs, le personnel sur le terrain et les entreprises.
Évaluation
Cuba face à un choc d’approvisionnement en carburant
Les États-Unis maintiennent un blocus sur le pétrole vénézuélien sous sanctions depuis la mi-décembre et exercent un contrôle quasi total sur les exportations pétrolières vénézuéliennes depuis l’opération menée à Caracas le 3 janvier. En parallèle, Washington a exercé des pressions sur le Mexique afin qu’il suspende ses livraisons de pétrole. Ces facteurs combinés ont contribué à une réduction estimée à 90 % des importations de carburant cubaines.
Cuba aurait besoin d’environ 100 000 barils de pétrole par jour pour maintenir des services de base. Sous l’effet des mesures américaines et de la pression soutenue au cours des trois derniers mois, les pénuries de carburant ont atteint un niveau critique.
À la mi-février, le gouvernement cubain a instauré une série de mesures de rationnement et de contrôle des carburants afin de préserver les volumes disponibles pour les secteurs prioritaires. Les autorités ont annoncé la fin de la disponibilité du carburéacteur A1 sur l’île. Elles ont également restreint les achats d’essence, fermé des établissements touristiques pour réduire la demande énergétique et se préparent à la possibilité de coupures d’électricité généralisées dès la fin février.
Même avant cette crise récente, des coupures d’électricité durant jusqu’à 12 heures à La Havane et jusqu’à 20 heures dans une grande partie du reste du pays étaient devenues courantes en 2025, contribuant à l’érosion progressive des services essentiels.
Perspectives : une détérioration accélérée
Sans reprise significative des importations pétrolières ni assouplissement de la pression américaine, l’économie cubaine devrait continuer à se contracter et la dégradation des conditions à s’accélérer.
La Russie est le seul exportateur disposant des volumes de production, des capacités logistiques et d’une exposition limitée aux droits de douane américains susceptibles de combler le déficit. Toutefois, Cuba manque de devises fortes. Historiquement, l’île réglait ses importations de pétrole mexicain et vénézuélien via des mécanismes de troc, échangeant des services médicaux contre des livraisons à tarif préférentiel. À l’inverse, la Russie a besoin de liquidités pour soutenir son économie de guerre.
Par ailleurs, les États-Unis ont démontré ces derniers mois leur volonté d’intercepter des navires transportant du pétrole sous sanctions. De nombreux pétroliers russes sont déjà sanctionnés ou exposés à des risques accrus en raison de leur participation à la « flotte fantôme » mondiale. Moscou pourrait donc juger qu’une augmentation des livraisons vers Cuba ne justifie pas les risques encourus.
Un règlement négocié entre Washington et La Havane dans les semaines ou mois à venir apparaît peu probable. Les États-Unis ont indiqué que leur objectif demeure, pour l’instant, un changement de régime à La Havane, bien que les contours d’une issue acceptable restent flous.
De son côté, le gouvernement cubain se dit disposé à engager des négociations, à condition qu’elles se déroulent sans conditions préalables et dans le respect de la souveraineté nationale. Tant que Washington maintiendra l’exigence d’une transition politique et que les autorités cubaines refuseront d’en discuter, des avancées substantielles demeurent improbables.
Scénarios à faible probabilité mais à fort impact
Bien que la trajectoire la plus probable reste une détérioration économique continue sous pression américaine soutenue, certains scénarios moins probables méritent attention en raison de leur impact potentiel.
Campagne militaire américaine : L’administration Trump pourrait considérer que la pression économique est insuffisante et opter pour une posture militaire plus directe. Toutefois, les contraintes politiques internes rendent cette option hautement improbable.
Manifestations de masse à Cuba : Une aggravation marquée des conditions de vie pourrait susciter des mobilisations populaires. Néanmoins, le gouvernement cubain dispose d’un appareil de surveillance étendu et d’une réputation établie de répression des dissidents. Même en cas de manifestations, la cohésion des élites resterait probablement intacte et les autorités recourraient très vraisemblablement à la force pour contenir rapidement les troubles.
Implications
La détérioration de la situation sur l’île entraînera des risques significatifs et des défis logistiques supplémentaires pour l’ensemble des voyageurs étrangers et du personnel présent sur place, au-delà du niveau de référence observé en 2025.
Les autorités ont déjà annoncé la fermeture de complexes balnéaires et d’autres infrastructures touristiques afin de réduire la consommation énergétique, limitant ainsi les capacités d’hébergement. L’indisponibilité du carburéacteur a conduit plusieurs compagnies aériennes internationales à suspendre ou adapter leurs liaisons avec Cuba à la mi-février. À mesure que les réserves de carburant continueront de diminuer, la plupart des activités économiques seront gravement affectées.
Les voyageurs américains sont particulièrement exposés à un risque accru de refus d’entrée ou de détention par les autorités cubaines. Le personnel sur place devra faire face à des difficultés croissantes pour maintenir des activités normales.
Pour en savoir plus sur les services de sécurité de Crisis24 disponibles à Cuba, veuillez nous contacter directement.
Découvrez comment exploiter le renseignement stratégique pour anticiper les risques pesant sur vos collaborateurs et vos opérations.
Associés
AIGUISEZ VOTRE
VISION DU RISQUE
Abonnez-vous à notre infolettre pour recevoir les dernières perspectives de nos analystes, à chaque semaine.
INFORMATION, ANALYSES ET PERSPECTIVES
UNE INFORMATION ET
UNE ANALYSE DE VALEUR
Avec son équipe globale de plus de 200 analystes, Crisis24 est la seule source requise d’informations utiles et exploitables sur tout sujet lié au risque.

Analyse
Risques sanitaires lors des Jeux olympiques d’hiver Milano-Cortina en Italie
Les Jeux olympiques d’hiver en Italie se tiennent dans un contexte de forte circulation de maladies saisonnières contagieuses et évitables par la vaccination.
Par Jade Smith
12 février 2026

Étude de cas
Succès du renseignement coordonné : réponse aux troubles électoraux en Tanzanie
Le renseignement coordonné de Crisis24 et son soutien sur le terrain ont permis des évacuations en toute sécurité lors des troubles électoraux en Tanzanie. Découvrez comment une planification de précision a protégé nos clients.
5 février 2026

Analyse
L’Iran confronté à une montée des risques de sabotage interne alors que le régime évite une escalade extérieure
Des explosions à travers l’Iran mettent en lumière une montée des risques de sabotage interne, entraînant un renforcement des mesures de sécurité alors que Téhéran cherche à préserver sa dissuasion sans escalade extérieure.
Par Équipe Moyen-Orient de Crisis24
3 février 2026

Analyse
Iran : une logique de représailles au seuil d’une menace existentielle
L’escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran pourrait déclencher des frappes régionales, des actions de mandataires et de fortes perturbations commerciales.
Par Équipe Moyen-Orient – Service d’information et d’analyse, Crisis24
30 janvier 2026


