Analyse
La dengue demeure à un niveau élevé au Sri Lanka dans un contexte de pluies persistantes et d'inondations
2 JUIL. 2026
/
4 mins de lecture
Auteur
Analyste de l'information sur la santé II

Le Sri Lanka connaît une recrudescence de la dengue, une infection virale transmise par la piqûre de moustiques. L'activité épidémique est principalement concentrée dans la Province de l'Ouest et est alimentée par les pluies saisonnières et les inondations associées à la mousson du sud-ouest. Ces conditions ont favorisé la multiplication des gîtes larvaires dans les zones urbaines et périurbaines, conduisant les autorités à intensifier les opérations de lutte antivectorielle et les campagnes de nettoyage. Toutefois, les précipitations persistantes, les inondations, le mauvais drainage et l'accumulation continue de déchets continuent de favoriser la prolifération des moustiques.
Points clés
L'activité de la dengue devrait rester élevée durant toute la période de la mousson du sud-ouest.
La Province de l'Ouest demeure la plus touchée en raison de sa forte densité de population, de l'importante mobilité des habitants et de la persistance de nombreux gîtes larvaires en milieu urbain.
Les établissements de santé situés dans les zones les plus affectées devraient continuer à subir une pression opérationnelle soutenue.
Toute évolution des sérotypes de dengue actuellement en circulation pourrait accroître la vulnérabilité de la population aux infections secondaires.
Les mesures actuelles de lutte antivectorielle ne devraient pas suffire à contenir totalement l'épidémie sans amélioration de la gestion des déchets, de l'entretien des systèmes de drainage et de l'élimination des gîtes larvaires à l'échelle communautaire.
Une recrudescence favorisée par la mousson
Les autorités sanitaires ont recensé 55 406 cas entre le 1er janvier et le 30 juin, soit environ 2,1 fois plus que les 26 487 cas enregistrés sur la même période en 2025. Au 30 juin, 32 décès liés à la dengue avaient été signalés.
La Province de l'Ouest demeure la région la plus touchée avec 29 093 cas, soit 52,5 % du total national. Au sein de cette province, le district de Colombo a enregistré 11 392 cas, tandis que celui de Gampaha en comptabilisait 11 006. À eux seuls, ces deux grands centres urbains et principaux pôles de transport représentent près de 40 % de l'ensemble des infections déclarées et continuent d'alimenter la transmission à l'échelle nationale.
Les autres provinces concernées sont la Province du Sud (8 822 cas), Sabaragamuwa (4 843), la Province Centrale (4 234), la Province de l'Est (2 783), la Province du Nord-Ouest (2 458), Uva (1 382), la Province du Nord (896) et la Province du Centre-Nord (895).
La transmission est restée soutenue depuis janvier, mais s'est fortement accélérée après les fortes pluies et les inondations survenues à la mi-mai. Les autorités sanitaires attribuent cette hausse notamment à l'urbanisation non planifiée ainsi qu'à certaines conditions environnementales, notamment les débris laissés par le cyclone Ditwah, qui ont multiplié les sites de reproduction des moustiques dans une grande partie du pays.
Les autorités locales ont renforcé les mesures de lutte contre la dengue en réponse à cette recrudescence. Des campagnes nationales de nettoyage ciblent les zones où l'eau stagnante peut s'accumuler, tandis que des actions de sensibilisation et de prévention supplémentaires sont menées principalement à Colombo et dans les autres districts à haut risque.
Historique de la dengue au Sri Lanka
La dengue est endémique au Sri Lanka et des cas sont signalés dans l'ensemble du pays. La transmission suit un cycle saisonnier bien établi, avec deux pics annuels généralement observés pendant et après la mousson du sud-ouest (mai-septembre) puis pendant et après la mousson du nord-est (octobre-janvier).
L'augmentation des précipitations durant ces périodes crée des conditions favorables à la reproduction des moustiques Aedes, notamment dans les zones où les systèmes de drainage et la gestion des eaux sont insuffisants. La Province de l'Ouest, en particulier les districts de Colombo, Gampaha et Kalutara, enregistre régulièrement le plus lourd fardeau de la maladie.
Depuis le début des années 2000, le Sri Lanka a connu plusieurs épidémies majeures, notamment en 2002, 2004, 2009, 2017 et 2019. Celle de 2017 demeure la plus importante jamais enregistrée dans le pays, avec plus de 186 000 cas déclarés.
Les difficultés de maîtrise de l'épidémie
Plusieurs facteurs continuent de compliquer les efforts de lutte.
Les centres urbains comme Colombo et Gampaha constituent d'importants pôles économiques et de transport favorisant les déplacements quotidiens d'un grand nombre de personnes. L'urbanisation rapide, la croissance démographique et le développement non planifié ont également favorisé l'expansion des habitats propices à la reproduction des moustiques.
Les enquêtes entomologiques montrent qu'une part importante des gîtes larvaires se situe dans des espaces publics ou semi-publics, notamment les écoles, les bâtiments administratifs, les lieux de travail, les établissements religieux et les chantiers de construction. Ces sites ne disposent souvent pas d'une responsabilité clairement définie en matière de lutte antivectorielle, ce qui permet aux gîtes de persister malgré une sensibilisation relativement élevée des ménages.
Les conditions environnementales restent particulièrement favorables à la transmission. L'insuffisance de la collecte des déchets favorise l'accumulation de récipients pouvant retenir l'eau, tandis que les réseaux de drainage mal entretenus et les infrastructures endommagées par les inondations créent les eaux stagnantes nécessaires à la reproduction des moustiques Aedes. Les débris laissés après le cyclone ainsi que les pluies continues de mousson rendent également difficile une élimination rapide des gîtes, en particulier dans les zones urbaines et périurbaines densément peuplées.
Les activités de surveillance, de sensibilisation et de communication sur les risques présentent également certaines limites. Bien que la population soit généralement bien informée sur la dengue, cette connaissance ne se traduit pas toujours par des comportements préventifs durables. Les actions d'élimination des gîtes larvaires à l'échelle des ménages demeurent inégales, tandis que la surveillance n'est pas toujours suffisante pour détecter rapidement les nouveaux foyers de transmission.
Des contraintes opérationnelles compliquent également la réponse. Les autorités doivent composer avec des ressources humaines limitées, la pression exercée sur les capacités hospitalières, une possible résistance des moustiques aux insecticides ainsi que diverses contraintes logistiques. Les autorités sanitaires ont averti qu'une nouvelle hausse du nombre de patients pourrait exercer une forte pression sur les hôpitaux publics. Par ailleurs, la similitude clinique de la dengue avec d'autres maladies fébriles ou arboviroses peut compliquer le diagnostic précoce et la prise en charge.
Perspectives
L'activité de la dengue devrait rester élevée pendant le reste de la saison de la mousson, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées. Les districts de Colombo et de Gampaha devraient continuer à concentrer le risque le plus élevé, compte tenu de leur forte densité de population, de leurs réseaux de transport très développés, des nombreux chantiers en cours et de conditions environnementales favorables à la transmission.
Les établissements de santé de ces zones devraient continuer à subir une pression importante si le nombre de cas poursuit sa progression.
Les autorités sanitaires s'inquiètent également d'un éventuel changement du sérotype dominant, susceptible d'augmenter la proportion d'infections secondaires et donc le risque de formes graves de la maladie.
Bien que le taux de létalité demeure faible au regard des niveaux historiques, le recours tardif aux soins reste préoccupant, les premiers symptômes étant souvent confondus avec ceux de la grippe ou d'autres infections virales courantes. Les patients consultant tardivement présentent un risque accru de développer une dengue sévère ou une dengue hémorragique, ce qui exercerait une pression supplémentaire sur les capacités hospitalières et les laboratoires.
Mesures de prévention contre les moustiques et autres insectes piqueurs
Les mesures suivantes peuvent contribuer à réduire le risque de transmission:
Couvrez autant que possible les parties exposées du corps. Portez des vêtements à manches longues, un pantalon long, des chaussettes, des chaussures fermées et un chapeau. Évitez les sandales et rentrez la chemise dans le pantalon ainsi que le bas du pantalon dans les chaussettes.
Dormez dans des locaux équipés de moustiquaires aux fenêtres ou climatisés, ou utilisez une moustiquaire de lit imprégnée de perméthrine. Vérifiez qu'aucun moustique ne se trouve dans la chambre avant de vous coucher.
Des insecticides en aérosol peuvent être utilisés pour éliminer les moustiques à l'intérieur. Les serpentins insecticides ne doivent être utilisés qu'en extérieur ; évitez ceux contenant du DDT. Gardez à l'esprit que certains répulsifs et insecticides fabriqués à l'étranger peuvent être particulièrement toxiques.
Utilisez un répulsif contenant du DEET (environ 35 %) sur la peau exposée et les vêtements. Des concentrations pouvant atteindre 50 % sont recommandées chez les adultes et les enfants âgés de plus de deux mois. Tous les répulsifs doivent être appliqués après la crème solaire et renouvelés après la baignade ou la douche. Évitez tout contact avec les yeux et l'inhalation du produit.
Les répulsifs à base de perméthrine peuvent être appliqués sur les vêtements, les moustiquaires et le matériel de camping. Ils offrent une protection efficace contre les moustiques, les tiques et d'autres insectes.
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