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Analyse

L’épidémie historique d’Ebola continue de devancer les efforts d’endiguement

31 AOÛT 2026

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9 mins de lecture


Beni, North-Kivu, Democratic Republic of the Congo- World Food Programme helicopter used for transport during 2018-2020 Ebola outbreak

Editorial credit: Kimja Vanderheyden / Shutterstock.com

La République démocratique du Congo (RDC) connaît la plus importante épidémie de maladie à virus de Bundibugyo (MVB) jamais enregistrée, ainsi que celle qui progresse le plus rapidement. Détectée pour la première fois dans la province de l’Ituri en mai, cette épidémie de MVB, une forme de maladie à virus Ebola, a déjà dépassé le nombre total de cas et de décès enregistré lors de l’épidémie de 2018-2020 en RDC. Si sa trajectoire actuelle se poursuit, elle pourrait également dépasser l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016, qui demeure historiquement la plus importante et la plus meurtrière épidémie d’Ebola jamais enregistrée. 

Points clés

  • L’épidémie actuelle de MVB est la plus importante et celle qui se propage le plus rapidement de l’histoire de la RDC. Elle devrait rester active à court terme, en particulier dans l’Ituri.

  • Les mesures de réponse demeurent insuffisantes pour interrompre la transmission. L’insécurité, les déplacements de population et la méfiance des communautés continuent de fortement entraver la surveillance, le suivi des contacts et les autres activités de réponse.

  • L’impact plus large sur la santé devrait s’accentuer si l’épidémie persiste, car les perturbations des services de santé courants pourraient entraîner une hausse de la morbidité et de la mortalité évitables sans lien avec Ebola.

  • Le risque d’une nouvelle extension géographique au sein de la RDC demeure très élevé, tandis que le risque de transmission transfrontalière vers l’Ouganda, le Soudan du Sud et la République centrafricaine reste accru. 

Situation actuelle

L’épidémie de MVB s’est propagée à 60 zones de santé réparties dans six provinces. Au 28 août, les autorités sanitaires avaient recensé 5 945 cas confirmés et 2 862 décès, soit un taux de létalité de 48,1 %. Ce taux a fortement augmenté par rapport aux quelque 20 % enregistrés début juin, ce qui reflète probablement des lacunes persistantes en matière de surveillance et de détection des cas, ainsi qu’un accès insuffisant aux soins, plutôt qu’une augmentation de la virulence du virus.

La transmission reste concentrée dans l’Ituri, qui compte 4 911 cas, soit 82,6 % des cas confirmés et 77 % des décès. Bunia est la zone de santé la plus touchée, avec 1 375 cas, devant Rwampara (939 cas), Nizi (646 cas) et Mongbwalu (608 cas).

La trajectoire de cette épidémie diffère nettement de celle des précédentes grandes épidémies d’Ebola. Elle a dépassé le seuil de 1 000 cas confirmés dans les 40 jours suivant l’activation de la réponse, contre environ 235 jours lors de l’épidémie de 2018-2020, et a déjà dépassé les 3 317 cas ainsi que le nombre de décès enregistrés lors de cette dernière. Plus de 2 000 décès ont été recensés en environ trois mois, alors qu’il avait fallu près de cinq mois à l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016 pour atteindre 1 000 décès. Au rythme actuel, l’épidémie pourrait dépasser le bilan de cette dernière, qui avait enregistré plus de 28 000 cas et plus de 11 000 décès. La persistance d’une incidence élevée et l’extension géographique continue indiquent que la transmission n’est pas encore entrée dans une phase de recul clairement établie.

Les capacités de réponse ont considérablement augmenté depuis mai, notamment avec l’ouverture de structures de traitement supplémentaires, le renforcement des capacités de laboratoire, le suivi des contacts, la mobilisation communautaire et les activités de prévention et de contrôle des infections (PCI). Plus de 21 000 agents de santé communautaires ont été formés, tandis que les capacités diagnostiques sont de plus en plus décentralisées. 

Pourquoi l’épidémie en RDC reste difficile à endiguer

La surveillance et le suivi des contacts restent les principaux obstacles à l’endiguement de l’épidémie. Sur les 25 015 contacts enregistrés au 28 août, 84,4 % ont pu faire l’objet d’un suivi, soit un niveau inférieur à l’objectif opérationnel de 95 %. Environ quatre nouvelles infections sur cinq surviennent en dehors des chaînes de transmission connues.

Les décès survenant en dehors des centres de traitement constituent une autre source majeure de préoccupation. Du 10 au 24 août, 63 % des décès signalés, soit 451 sur 719, sont survenus au sein de la communauté. Cette situation met en évidence des retards persistants dans la détection des cas, l’orientation des patients et l’accès aux établissements de traitement désignés.

La méfiance des communautés continue également de compromettre les activités de réponse. La désinformation, le déni de l’existence d’Ebola, la résistance aux enterrements dignes et sécurisés ainsi que le mécontentement lié au non-paiement des acteurs communautaires restent des difficultés importantes. Certaines communautés estimeraient ne pas être suffisamment consultées, tandis que les perturbations des services essentiels, les difficultés d’accès aux soins et les pressions humanitaires plus générales ont encore réduit la confiance envers les autorités et les services de santé. Ces facteurs peuvent retarder le recours aux soins et limiter la coopération avec les équipes chargées du suivi des contacts, de la décontamination et des enterrements.

Les établissements de santé restent également des lieux potentiels de transmission. Au 27 août, au moins 163 professionnels de santé avaient été infectés, dont 47 étaient décédés. Malgré le renforcement des mesures de PCI, les infections parmi les professionnels de santé se poursuivent, ce qui souligne la nécessité d’améliorer le triage, l’utilisation des équipements de protection individuelle (EPI), la gestion des expositions et le respect des protocoles de PCI.

Le 27 août, la vaccination des professionnels de santé avec le vaccin Ervebo a débuté dans certaines régions de la RDC. Si Ervebo est efficace contre la maladie à virus Ebola, son niveau de protection contre la MVB chez l’être humain reste incertain ; un essai clinique mené en parallèle vise à combler cette lacune dans les connaissances.

Les pressions opérationnelles limitent également la réponse. Les retards de rémunération et le non-paiement du personnel mobilisé ont contribué à des mouvements de grève et à une baisse de la motivation des équipes, perturbant les activités communautaires, les opérations de décontamination et les activités aux points d’entrée. Bien que 49 structures de traitement et de transit disposaient de 1 308 lits opérationnels au 23 août, des pénuries localisées persistent. Les capacités ambulancières et d’orientation des patients restent également insuffisantes dans plusieurs provinces.

L’insécurité et les déplacements de population aggravent encore ces difficultés. Les groupes armés continuent de restreindre l’accès humanitaire et les déplacements, tandis que 12 attaques visant des établissements de santé ont été recensées depuis mai. La surpopulation, l’insuffisance des infrastructures d’eau et d’assainissement, les mouvements de population et la méfiance envers les services de santé pourraient favoriser une transmission rapide dans ces environnements. Les provinces touchées accueillent environ 4,4 millions de personnes déplacées de force, ce qui accroît le risque d’amplification de l’épidémie dans des zones surpeuplées et insuffisamment desservies.

Impacts sanitaires et humanitaires secondaires

L’épidémie perturbe de plus en plus largement la prestation des soins de santé. Dans l’Ituri, le recours aux services de santé essentiels a diminué de 42 % entre avril et juin dans les principaux foyers de transmission, tandis qu’à l’échelle de la province, leur utilisation a reculé de près de 13 %. La couverture vaccinale systématique des enfants a chuté de plus de moitié dans les zones les plus touchées.

Les soins de santé maternelle ont également été fortement affectés dans l’Ituri : les accouchements assistés dans des établissements de santé ont diminué de 13 % à l’échelle de la province, et nettement davantage dans certains foyers. Une perturbation prolongée pourrait accroître la morbidité et la mortalité liées à des pathologies autres qu’Ebola, tandis que la baisse de la vaccination systématique pourrait augmenter le risque d’épidémies de maladies évitables par la vaccination. 

Perspectives de santé publique

L’épidémie devrait rester active à court terme, en particulier dans l’Ituri, et une nouvelle extension géographique demeure plausible tant que la majorité des infections continuera de survenir en dehors des chaînes de transmission connues. L’insécurité, les déplacements de population et les mouvements transfrontaliers continueront de compliquer les efforts d’endiguement. Une amélioration durable nécessiterait que le taux de suivi des contacts se rapproche de l’objectif de 95 %, qu’une plus grande proportion des cas survienne parmi des contacts connus, et que les décès au sein de la communauté ainsi que la pression sur les centres de traitement diminuent. Tant que plusieurs de ces indicateurs ne s’amélioreront pas simultanément, la transmission devrait continuer de progresser plus rapidement que les efforts d’endiguement.

À l’issue de sa réunion du 18 août, le Comité d’urgence du Règlement sanitaire international (RSI) a estimé que l’épidémie continuait de constituer une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), ce qui a entraîné la mise à jour des recommandations temporaires adressées aux pays. L’OMS estime que le risque d’une nouvelle extension géographique en RDC est très élevé, compte tenu de la transmission persistante et de la propagation continue à de nouvelles zones de santé. Le risque de propagation transfrontalière demeure élevé, notamment vers l’Ouganda, le Soudan du Sud et la République centrafricaine, en raison de leur proximité géographique et des mouvements de population établis. Le renforcement des contrôles sanitaires et d’autres mesures applicables aux déplacements pourrait entraîner des retards dans les aéroports, aux frontières terrestres et aux points de contrôle, tandis qu’une nouvelle détérioration de la situation pourrait conduire à des restrictions de déplacement ou à des contrôles frontaliers supplémentaires.

Dans l’ensemble, l’épidémie de MVB se disperse de plus en plus sur le plan géographique, tandis que la transmission demeure intense dans les foyers déjà établis. La mortalité élevée, les décès survenant au sein de la communauté, les lacunes de surveillance, les perturbations opérationnelles et les capacités de traitement inégales indiquent que les interventions actuelles n’ont pas encore atteint une couverture ou une rapidité suffisantes pour interrompre la transmission. Il s’agit des données les plus complètes disponibles au 31 août.

Recommandations à l’intention des voyageurs d’affaires

  • Les voyageurs d’affaires devraient éviter tout déplacement non essentiel dans les zones où une transmission active d’Ebola est en cours, en particulier dans les zones de santé touchées de l’Ituri et dans les autres provinces signalant des cas persistants.
  • Lorsque le déplacement est indispensable, les voyageurs devraient maintenir un niveau de vigilance accru, suivre les recommandations des autorités sanitaires locales ainsi que celles des équipes médicales et de sécurité de leur organisation, et prévoir davantage de temps pour les contrôles sanitaires ou d’éventuelles perturbations dans les aéroports, aux frontières terrestres et aux points de contrôle.
  • Les voyageurs devraient éviter tout contact avec des personnes malades, du sang ou d’autres liquides biologiques, des personnes décédées, les activités funéraires ou d’inhumation, ainsi que les établissements de santé prenant en charge des cas suspects ou confirmés d’Ebola, sauf si l’accès à ces établissements est médicalement nécessaire.
  • Tout voyageur ayant potentiellement été exposé, ou développant de la fièvre ou d’autres symptômes compatibles pendant ou après son déplacement, devrait immédiatement demander un avis médical, signaler ses antécédents de voyage et d’exposition, et éviter tout nouveau déplacement ou contact rapproché avec d’autres personnes jusqu’à ce qu’une évaluation appropriée ait été effectuée. 

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