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Analyse

Les risques pour la sécurité alimentaire augmentent en Asie-Pacifique

4 SEPT. 2026

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4 mins de lecture


Aerial top view Rice fields on terrace northern Vietnam

Points clés:

  • La hausse des prix du carburant et des engrais dans la région Asie-Pacifique (APAC), conjuguée à El Niño et à des précipitations inférieures à la moyenne cette année, devrait réduire la production alimentaire lors de la présente saison de récolte.
  • Les mesures d’intervention gouvernementales devraient permettre aux États d’atténuer l’insécurité alimentaire à court terme, mais elles ne devraient pas répondre aux préoccupations de long terme, la région restant fortement dépendante des importations de matières premières en provenance du Moyen-Orient.
  • Les troubles sociaux devraient s’intensifier en 2027, à mesure que les populations exprimeront un mécontentement croissant face à l’incapacité des gouvernements à répondre à l’aggravation de l’insécurité alimentaire. 

Résumé

La région Asie-Pacifique (APAC) devrait être confrontée à une dégradation de la sécurité alimentaire jusqu’en 2027 si le conflit en cours au Moyen-Orient entre les États-Unis et l’Iran se poursuit pendant encore plusieurs mois. Le secteur agricole de l’APAC dépend fortement du Moyen-Orient, non seulement pour le carburant nécessaire aux activités agricoles, mais aussi pour environ 40 % de ses engrais. Au cours des cinq premiers mois de 2026, les prix des engrais ont augmenté de 35 % par rapport à l’année précédente.

Il est estimé que de graves pénuries alimentaires sont peu probables dans l’ensemble de la région APAC en 2026, compte tenu de stocks publics suffisants de riz et de céréales. Toutefois, si le conflit au Moyen-Orient se poursuit sans interruption, la région devrait enregistrer une baisse de l’offre issue de la présente saison de récolte, qui s’achève en décembre, ainsi qu’une hausse des prix agricoles. L’Asie du Sud devrait être la plus touchée en raison de l’importance de sa population, de sa forte sensibilité aux prix alimentaires, de son utilisation intensive d’engrais et de sa dépendance variable à l’égard des importations de carburant et d’engrais. 

Répercussions prévues pour l’APAC

Les producteurs de riz, de farine, d’huiles alimentaires, de sucre et d’aliments transformés devraient être confrontés à une hausse des coûts des matières premières et du transport jusqu’en 2027, ce qui exercera une pression sur leurs marges opérationnelles. Une augmentation durable des prix des produits agricoles devrait accroître les coûts de production dans les secteurs des aliments conditionnés, des boissons, de l’alimentation animale et des produits de grande consommation.

Même si la production agricole atteint les niveaux requis, la hausse des prix du carburant rendra nettement plus coûteux le transport des récoltes des champs vers les usines de transformation ainsi qu’entre les pays. Les volumes disponibles pourront être techniquement suffisants, mais des difficultés logistiques pourraient empêcher leur acheminement vers leur destination prévue.

Après le premier trimestre de l’année prochaine, des pénuries prolongées d’engrais et des coûts de production élevés pourraient réduire la production agricole, accroître la dépendance à l’égard du soutien gouvernemental et encourager des changements dans le choix des cultures et les pratiques de production. À mesure que la production agricole diminuera dans la région APAC, les gouvernements commenceront probablement à envisager des mesures destinées à renforcer leur sécurité alimentaire. 

Risque de troubles sociaux en 2027

Si la sécurité alimentaire se détériore fortement l’année prochaine, les tensions entre les populations locales et leurs gouvernements respectifs devraient s’accentuer dans la région APAC. Les troubles sociaux ont augmenté ces dernières années en raison de l’incapacité des gouvernements à répondre aux problèmes socio-économiques touchant leurs populations, notamment les pénuries d’emplois, l’insuffisance des subventions publiques et la corruption.

L’Asie du Sud a déjà connu le renversement de trois gouvernements à la suite de griefs socio-économiques : au Sri Lanka en 2022, au Bangladesh en 2024 et au Népal en 2025. L’aggravation de l’insécurité alimentaire, conjuguée au mécontentement à l’égard des gouvernements, devrait créer un environnement sécuritaire plus volatil dans l’ensemble de la région, les manifestations devenant plus fréquentes et le risque d’affrontements violents entre les autorités et les groupes locaux augmentant. La progression des troubles sociaux pourrait également accroître le risque de pillages et d’incendies criminels visant des institutions et des entreprises perçues comme stockant des réserves alimentaires. 

Mesures probables d’intervention gouvernementale

Afin d’atténuer les risques d’insécurité alimentaire intérieure, les gouvernements de la région APAC pourraient mettre en œuvre des mesures d’austérité destinées à protéger leurs marchés intérieurs. La Chine a déjà commencé à imposer des restrictions et des quotas à l’exportation sur certains produits destinés à la fabrication d’engrais, notamment le sulfate d’ammonium, et à interdire l’exportation de certains mélanges azote-potassium. L’Inde a historiquement imposé des interdictions d’exportation sur des produits agricoles tels que le riz pendant les périodes de ralentissement économique, affectant ainsi la sécurité alimentaire de ses voisins.

Si de grands pays de la région APAC comme la Chine et l’Inde imposaient des contrôles plus stricts sur les exportations de denrées alimentaires et d’engrais, les risques liés à la sécurité alimentaire devraient s’aggraver, incitant d’autres pays de la région à adopter des interdictions similaires afin de protéger leurs approvisionnements intérieurs. Cela devrait créer un effet domino dans lequel les mesures d’austérité d’un pays aggraveraient l’insécurité alimentaire d’un autre, contraignant ce dernier à mettre en œuvre ses propres mesures d’austérité. En l’absence d’une gouvernance régionale et d’une stratégie coordonnée pour atténuer ces difficultés, une réaction en chaîne difficile à enrayer pourrait se produire, car sa maîtrise nécessite à la fois une stabilité intérieure et une stabilisation des marchés mondiaux du carburant et des engrais. 

Évolution prévue des répercussions

Dans le contexte actuel de conflit armé dans la région du Golfe impliquant les États-Unis, l’Iran et d’autres pays du Moyen-Orient, les répercussions prévues sur la production agricole dans la région APAC au cours des deux prochaines années sont les suivantes : 

Dans 1 à 3 mois   
  • Les distributeurs devraient être confrontés à des pénuries d’approvisionnement, à un allongement des délais d’approvisionnement et à une volatilité accrue des prix, en particulier lorsque les restrictions chinoises sur les exportations d’engrais coïncident avec une réduction de l’offre en provenance du Moyen-Orient. 
Dans 3 à 6 mois  
  • Les producteurs de riz, de farine, d’huiles alimentaires, de sucre et d’aliments transformés devraient être confrontés à une hausse des coûts des matières premières et du transport, ce qui exercera une pression sur leurs marges opérationnelles.
  • Une hausse durable des prix des produits agricoles devrait entraîner une augmentation des coûts de production dans les secteurs des aliments conditionnés, des boissons, de l’alimentation animale et des produits de grande consommation.
  • Les entreprises qui constituent des stocks de produits agricoles pourraient être davantage exposées aux incendies criminels et aux pillages, des manifestants pouvant tenter de s’emparer de réserves alimentaires en période d’insécurité alimentaire accrue. 
À partir de 6 mois 
  • Des pénuries prolongées d’engrais et des coûts de production élevés pourraient réduire la production agricole, accroître la dépendance à l’égard du soutien gouvernemental et encourager des changements dans le choix des cultures et les pratiques de production.
  • Les entreprises pourraient être confrontées à une intervention accrue des pouvoirs publics, notamment sous la forme de restrictions à l’exportation, de contrôles des importations et de programmes publics d’approvisionnement, ce qui réduirait la prévisibilité des chaînes d’approvisionnement. 

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