Analyse
RDC, Ouganda : l’épidémie d’Ebola déclarée urgence de santé publique mondiale
20 MAI 2026
/
5 mins de lecture
Auteurs
Analyste de l'information sur la santé II
Analyste du renseignement, Santé

Une épidémie de maladie à virus Bundibugyo (BVD), une forme de maladie à virus Ebola, a été confirmée en République démocratique du Congo (RDC), avec une propagation en Ouganda, poussant l’OMS à déclarer une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). Il s’agit de la dix-septième épidémie de maladie à virus Ebola signalée en RDC depuis 1976.
Points clés
Risque élevé de propagation régionale, notamment dans des centres urbains comme Goma et Bunia, où la densité de population, les réseaux commerciaux et les dynamiques de déplacement accroissent le potentiel de transmission et compliquent les efforts de confinement.
L’efficacité de la réponse est limitée par l’insécurité, les déplacements de population et les restrictions d’accès opérationnel, particulièrement en Ituri et au Nord-Kivu, perturbant la surveillance, le traçage des contacts et les enterrements sécurisés.
L’absence de vaccins ou de traitements antiviraux approuvés spécifiquement contre la BVD fait de la détection rapide, des mesures de prévention et de contrôle des infections (PCI), de la mobilisation communautaire et de la coordination transfrontalière des éléments essentiels du confinement.
Situation actuelle
Le 15 mai, l’OMS a été alertée d’un regroupement de cas d’une maladie inconnue à forte mortalité dans la zone de santé de Mongbwalu, en province de l’Ituri, en RDC, incluant le décès de quatre professionnels de santé. Des analyses en laboratoire ont ensuite confirmé la présence de la BVD.
Au 20 mai, les autorités sanitaires avaient recensé 516 cas suspects et 33 infections confirmées en laboratoire. L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie avec 30 cas confirmés. Les zones de santé les plus touchées sont Rwampara (19 cas confirmés), Bunia (6 cas confirmés) et Nyankunde (4 cas confirmés). Mongbwalu concentre le plus grand nombre de cas suspects (302 cas suspects). L’épidémie a également atteint le Nord-Kivu (3 cas confirmés), avec des cas confirmés à Goma, Butembo et Katwa.
Par ailleurs, les autorités ougandaises ont signalé deux cas confirmés en laboratoire à Kampala les 15 et 16 mai concernant des personnes récemment revenues de RDC, bien qu’aucun lien épidémiologique direct entre les deux cas n’ait été établi à ce stade. Aucune transmission locale n’a actuellement été détectée en Ouganda.
Les autorités sanitaires poursuivent actuellement les opérations de traçage des contacts, les enquêtes sur les cas et les campagnes de sensibilisation communautaire tout en intensifiant les opérations de réponse. Ces mesures incluent le déploiement d’équipes d’intervention rapide, le renforcement des capacités de surveillance et de laboratoire, l’amélioration des mesures de prévention et de contrôle des infections (PCI), ainsi que l’extension des structures de traitement et d’isolement. Toutefois, la compréhension des liens épidémiologiques avec les cas connus ou suspects demeure limitée et certaines chaînes de transmission pourraient ne pas encore avoir été identifiées.
Réponse de santé publique
Les autorités d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale maintiennent une surveillance renforcée aux points d’entrée, notamment dans les aéroports, aux postes-frontières et dans les principaux hubs de transport.
Au 19 mai :
- L’Ouganda a placé les équipes nationales de surveillance et d’intervention d’urgence en état d’alerte maximale et a reporté les célébrations de la Journée des Martyrs en raison des risques liés aux rassemblements de masse.
- Les postes-frontières de Kanugu entre la RDC et l’Ouganda sont temporairement fermés, y compris Ishasha et Kyeshero.
- Le Rwanda a fermé le poste-frontière Goma-Gisenyi le 17 mai, tout en autorisant les ressortissants rwandais et congolais à rentrer dans leur pays, et a renforcé les contrôles sanitaires le long de sa frontière avec la RDC.
- Le Kenya, le Soudan du Sud et la Tanzanie ont renforcé les dispositifs de surveillance, les contrôles des voyageurs et les mesures de préparation.
Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis ont émis plusieurs avis sanitaires aux voyageurs relatifs à Ebola en réponse à l’épidémie. Au 19 mai, les avis suivants étaient en vigueur ou avaient été mis à jour :
- Ouganda : Niveau 1 – Appliquer les précautions habituelles.
- RDC : Niveau 3 – Reconsidérer les voyages non essentiels. Le CDC recommande d’éviter tout déplacement non essentiel dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.
- Les États-Unis ont imposé des restrictions d’entrée liées à Ebola ainsi qu’un renforcement des contrôles sanitaires au moins jusqu’au 17 juin. Les ressortissants non américains ayant séjourné en Ouganda, en RDC ou au Soudan du Sud au cours des 21 derniers jours se voient interdire l’entrée sur le territoire américain, tandis que les voyageurs en provenance des zones touchées feront l’objet de contrôles sanitaires et d’un suivi renforcés.
Le renforcement des contrôles sanitaires devrait entraîner des retards dans les déplacements. Toute aggravation de l’épidémie pourrait entraîner des mesures supplémentaires, notamment des restrictions de mouvement, des limitations des rassemblements publics et de nouvelles fermetures de frontières.
Contexte de l’épidémie
L’épidémie évolue dans un environnement épidémiologique, humanitaire et sécuritaire complexe susceptible de compliquer les efforts de confinement précoce. Un délai d’environ quatre semaines entre l’apparition probable du cas index et la confirmation en laboratoire suggère une transmission initiale non détectée. La co-circulation d’arboviroses et de syndromes pseudo-grippaux pourrait également avoir masqué la détection précoce, tandis que des erreurs diagnostiques initiales, notamment une discordance de souche, ont contribué au retard de l’activation de la réponse.
La transmission associée aux établissements de santé constitue une préoccupation majeure, mise en évidence par les infections parmi les professionnels de santé, ce qui suggère de possibles défaillances dans les protocoles de prévention et de contrôle des infections (PCI). Des décès signalés au sein des communautés suscitent également des inquiétudes quant à des pratiques funéraires non sécurisées ayant contribué à la propagation initiale.
L’épidémie survient dans un contexte de crise humanitaire persistante. Les zones touchées en Ituri et au Nord-Kivu sont marquées par l’insécurité, les activités de groupes armés, les déplacements de population, la faiblesse des systèmes de santé et un accès limité aux services. Ces conditions entravent fortement la surveillance, le traçage des contacts, le transport des échantillons de laboratoire, les opérations d’enterrements sécurisés et la continuité globale de la réponse.
L’accès opérationnel demeure inégal selon les zones touchées. En Ituri, les liaisons aériennes entre Kinshasa et Bunia permettent le déploiement du personnel et des fournitures. Toutefois, l’insécurité dans certaines zones de santé, notamment Djugu et Fataki, continue de limiter les opérations de terrain et la portée de la surveillance. À Goma, les contraintes d’accès sont plus sévères en raison de la dynamique persistante du conflit, des restrictions d’accès à l’aéroport et des fermetures de frontières, qui perturbent la coordination et les chaînes d’approvisionnement.
Les principales lacunes de la réponse incluent des capacités d’isolement limitées, une couverture insuffisante de la surveillance et du traçage des contacts, une mise en œuvre insuffisante des mesures de PCI, une coordination fragmentée, des capacités de laboratoire limitées ainsi qu’une faible confiance des communautés. Ces faiblesses sont aggravées par l’insécurité et la mobilité des populations.
Contexte épidémiologique
La BVD est une maladie zoonotique dont l’origine serait liée aux chauves-souris frugivores. L’infection humaine peut survenir à la suite d’un contact étroit avec une faune infectée, notamment des chauves-souris et des primates non humains, en particulier lors d’une exposition au sang, aux sécrétions, aux organes ou à d’autres fluides corporels. Le virus se transmet ensuite entre individus par contact direct avec les fluides corporels de personnes infectées, des surfaces ou matériaux contaminés, ainsi qu’à travers des pratiques funéraires non sécurisées.
Les symptômes apparaissent généralement entre deux et 21 jours après l’exposition, et les individus ne sont habituellement pas contagieux avant l’apparition des symptômes. Les symptômes initiaux sont souvent non spécifiques et peuvent inclure de la fièvre, de la fatigue, des maux de tête, des douleurs musculaires et des maux de gorge, compliquant ainsi la détection et le diagnostic précoces. À mesure que la maladie progresse, les patients peuvent développer des symptômes gastro-intestinaux suivis d’une défaillance organique et, dans les cas graves, de manifestations hémorragiques, notamment des saignements ou ecchymoses inexpliqués. Il n’existe actuellement aucun vaccin approuvé ni traitement antiviral spécifique contre la BVD.
Perspectives de risque
Le risque de propagation géographique supplémentaire, y compris de transmission transfrontalière, demeure élevé. Les principaux facteurs aggravants incluent le retard de détection, l’existence possible de chaînes de transmission non détectées, les infections associées aux soins de santé, l’insécurité, les déplacements de population, la forte mobilité, le potentiel de transmission urbaine ainsi que l’absence de vaccins approuvés ou de traitements spécifiques contre la BVD.
La propagation géographique vers des zones urbaines et à forte mobilité accroît le risque d’amplification supplémentaire. Les cas signalés à Bunia et Goma sont particulièrement préoccupants compte tenu de leurs liens étroits avec les réseaux commerciaux régionaux, les activités humanitaires et les flux de population denses. Le lien suspecté avec Mongbwalu, centre minier caractérisé par des déplacements fréquents de travailleurs et de commerçants, augmente également la probabilité d’une diffusion plus large au-delà de la zone initialement touchée.
L’insécurité et les déplacements de population compliquent davantage les efforts de confinement. L’aggravation de l’insécurité en Ituri depuis la fin de l’année 2025 a déplacé plus de 100 000 personnes. Les mouvements de population liés au conflit augmentent le risque de propagation non détectée vers les centres urbains, les camps de déplacés et au-delà des frontières. Ils peuvent également perturber le traçage des contacts et fragmenter les efforts de surveillance.
Le risque d’exportation régionale demeure élevé. L’Ituri partage des frontières poreuses avec l’Ouganda et le Soudan du Sud, où les déplacements transfrontaliers sont fréquents et souvent informels, compliquant leur suivi. Dans l’ensemble, l’ampleur réelle de l’épidémie demeure incertaine et pourrait continuer à s’étendre, y compris sur le plan géographique.
Ces informations représentent les données les plus complètes disponibles au 19 mai.
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