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Analyse

Sécheresse record en Syrie : crise humanitaire aggravée et reconstruction entravée

7 JANV. 2026

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2 mins de lecture



cracked earth landscape in Uruk Iraq showing drought conditions

Points clés: 

  • Une sécheresse touchant l’est de la Méditerranée et le Moyen-Orient a des conséquences dramatiques en Syrie, aggravant la crise humanitaire.
  • La production de blé est tombée à des niveaux historiquement bas, menaçant de faire basculer plus de 16 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire.
  • Le gouvernement de transition manque de ressources pour faire face à la crise, alors que les coûts de reconstruction post-conflit se chiffrent en centaines de milliards de dollars. 

Une sécheresse record affectant certaines parties de l’est de la Méditerranée et du Moyen-Orient a des répercussions particulièrement graves en Syrie, où elle accentue des défis humanitaires déjà critiques et entrave, par conséquent, la capacité du gouvernement de transition à reconstruire le pays après des années de conflit. La région figure déjà parmi les zones les plus touchées par le stress hydrique dans le monde, et les tendances de long terme liées au changement climatique indiquent qu’elle devient progressivement plus aride, tandis que la demande en eau continue d’augmenter. 

Déficits pluviométriques aigus et impact agricole

Des précipitations inférieures à la moyenne depuis 2020 ont conduit la région à subir sa pire sécheresse depuis près de 40 ans. La Syrie a été particulièrement touchée, alors qu’elle fait déjà face à une insécurité alimentaire généralisée et aux conséquences de 14 années de conflit et de déclin économique. La situation s’est encore aggravée ces derniers mois en raison de déficits pluviométriques particulièrement marqués : la majeure partie du pays a enregistré des précipitations inférieures de 20 à 50 % aux moyennes saisonnières.

Le caractère régional de la sécheresse a également eu des effets transfrontaliers. Les pénuries d’eau au Liban ont entraîné l’assèchement de rivières s’écoulant vers la Syrie depuis l’ouest, tandis que d’autres cours d’eau majeurs, comme l’Euphrate à l’est et le Barada à Damas, ont atteint des niveaux dangereusement bas. L’assèchement ou le faible débit des rivières prive non seulement les agriculteurs d’une source essentielle d’irrigation, mais affecte également les communautés vivant de la pêche.

Des gouvernorats clés pour la production alimentaire, tels qu’Al-Hasakeh, Alep et Ar-Raqqa, ont été durement touchés. La faiblesse des précipitations, combinée aux dégâts causés par le conflit sur les réseaux d’irrigation et les infrastructures agricoles, ainsi qu’à la contamination des terres par les mines et les décombres, a entraîné des pertes de récoltes généralisées.

Avant le soulèvement de 2011, les agriculteurs syriens produisaient en moyenne entre 3,5 et 4,5 millions de tonnes de blé par an. Cette production est tombée à environ 2,2–2,6 millions de tonnes durant les années de conflit, contraignant le pays à importer près de 60 à 70 % de ses besoins pour nourrir une population de 23 millions d’habitants. En grande partie en raison de l’aggravation de la sécheresse, la saison agricole 2024–2025 devrait produire seulement 900 000 à 1,1 million de tonnes de blé, soit l’un des niveaux les plus bas jamais enregistrés. Cette pénurie pourrait porter à plus de 16 millions le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire dans le pays. 

Défis infrastructurels et priorités concurrentes

Les pratiques d’irrigation restent largement dépendantes des précipitations et sont généralement considérées comme obsolètes. La période post-conflit offre une opportunité de reconstruire de manière plus résiliente, notamment par l’investissement dans des réseaux d’irrigation diversifiés et des cultures plus résistantes à la sécheresse ; toutefois, la faisabilité de ces initiatives demeure incertaine. Ce qui est évident, en revanche, c’est la nécessité d’investissements urgents dans le secteur agricole afin de permettre aux agriculteurs d’accroître la production alimentaire et de réduire la dépendance structurelle du pays à l’aide étrangère et aux importations.

Dans le même temps, le gouvernement de transition doit faire face à des coûts de reconstruction post-guerre estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars, tout en gérant d’autres défis majeurs, notamment des tensions sectaires et la mise en œuvre de réformes dans un pays fragmenté. Il apparaît donc peu probable, du moins à court terme, que les autorités disposent des capacités nécessaires ou fassent de la lutte contre la crise de la sécheresse une priorité absolue. 


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