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Sécurité maritime : les crises mondiales convergent en haute mer

21 JUIL. 2026

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6 mins de lecture


shipping container in shipping lane

Pendant la pandémie, le transport maritime est revenu au centre de l’attention mondiale, rappelant à quel point les chaînes d’approvisionnement sont interconnectées et les économies dépendantes du commerce maritime. Une fois les perturbations résorbées, cette réalité a rapidement été reléguée au second plan. Il a fallu les événements des deux dernières années pour qu’elle s’impose de nouveau.

La communauté de la sécurité maritime, en revanche, n’a jamais eu le luxe de l’oublier. Elle a vu les pressions s’accumuler sans interruption. 

Un environnement marqué par l’escalade

Au cours de la dernière décennie, les tensions géopolitiques, les conflits, les droits de douane, les embargos et les sanctions ont considérablement gagné en ampleur et en portée, leurs premières répercussions se manifestant souvent en mer. Le risque maritime recouvre désormais simultanément des dimensions physiques, géopolitiques, opérationnelles et réglementaires. En 2022, l’approvisionnement mondial en céréales et en engrais a été gravement menacé jusqu’à la conclusion de l’accord sur les exportations en mer Noire, négocié sous l’égide des Nations unies. Dans le même temps, les pays européens ont dû réorganiser leurs approvisionnements énergétiques en privilégiant les routes maritimes afin de compenser la diminution des importations de gaz et de pétrole en provenance de Russie.

Aujourd’hui, les attaques ukrainiennes contre des pétroliers liés à la Russie menacent les ports, les navires et les principales voies de navigation, faisant progresser les risques de sécurité et les coûts d’assurance à chaque nouvelle escalade. Parallèlement, la piraterie connaît un regain dans plusieurs zones de transit stratégiques, mettant en danger les équipages et les opérations. À terre, les perturbations portuaires, les mouvements de protestation et l’instabilité régionale accentuent encore les difficultés. Alors que les États reconnaissent le caractère stratégique des ports au sein de leurs infrastructures critiques, les exploitants de terminaux sont confrontés à des menaces croissantes émanant d'organisations criminelles et d'acteurs soutenus par des États, qui recourent aux drones et aux cyberattaques pour fragiliser leur résilience.

Les exigences en matière de conformité ont progressé au même rythme. L’exposition aux sanctions et les activités de la « flotte fantôme » figurent désormais, aux côtés de la piraterie et des conflits armés, parmi les principaux risques auxquels sont confrontés les armateurs, les exploitants, les assureurs et les cabinets d’avocats qui les conseillent. Les opérations de leurrage (spoofing) et de brouillage des signaux GPS perturbent la navigation et compromettent la sécurité des navires, tandis que les interférences affectant le système d’identification automatique (AIS), autrefois considérées comme de simples désagréments techniques, sont devenues un problème opérationnel récurrent. Distinguer les comportements normaux des navires des anomalies, ou différencier un commerce légitime d’activités susceptibles d’enfreindre les régimes de sanctions, mobilise désormais une part importante du travail quotidien des analystes.

Ce qui distingue la situation actuelle, c’est que ces phénomènes ne restent plus confinés à leur région d’origine. Ainsi, le renforcement des sanctions visant le Venezuela modifie les flux commerciaux jusqu’à l’océan Indien. Les attaques contre des navires liés à la Russie produisent des effets qui s’étendent jusqu’aux côtes africaines et au bassin méditerranéen. Des accords commerciaux conclus en Amérique centrale influencent désormais les échanges avec la Chine. Les événements régionaux engendrent aujourd’hui des conséquences mondiales à un rythme que les anciens modèles d’évaluation des risques n’avaient pas anticipé. Lorsqu’une perturbation survient, elle affecte simultanément les flux de marchandises, la continuité des activités, l’exposition aux risques assurantiels et la réputation des organisations.

Quand les crises cessent d’être isolées

Un terme résume cette nouvelle dynamique : la polycrise. Autrefois, les chocs survenaient généralement de manière isolée ou par paires, ce qui permettait de les gérer individuellement. Aujourd’hui, les crises géopolitiques, économiques et sécuritaires interagissent, se renforcent mutuellement et produisent des effets dont l’ampleur dépasse largement la somme de leurs composantes.

Les tensions entre Washington et Téhéran en sont aujourd’hui l’illustration la plus manifeste, et elles se jouent en grande partie en mer. Ce qui n’était au départ qu’un affrontement régional est devenu un facteur majeur d’instabilité mondiale, avec le détroit d’Ormuz comme principal point de tension. Même des perturbations limitées suffisent à faire simultanément grimper les prix de l’énergie, les coûts du fret maritime et les primes d’assurance, avec des répercussions qui se propagent jusqu’aux chaînes d’approvisionnement alimentaires. Les analystes de Crisis24 estiment que la hausse des prix du carburant et des engrais pourrait exposer près de 45 millions de personnes dans les pays les plus pauvres à une insécurité alimentaire aiguë.

Les ports et plateformes logistiques du Golfe restent exposés à des attaques asymétriques, tandis que Pékin a demandé à ses raffineurs de ne pas tenir compte des sanctions visant le pétrole brut iranien, signe que le commerce mondial se fragmente progressivement en systèmes parallèles. Lors des précédentes périodes de fortes tensions, les forces navales avaient souvent contribué à désamorcer les crises, notamment par des opérations de déminage ou l’escorte de navires neutres. Dans le contexte actuel, ces mesures de confiance ont largement disparu. Peu d'observateurs avaient par ailleurs anticipé le regain soudain de la piraterie au large de la Somalie, après plusieurs années d'accalmie, conséquence indirecte de l'instabilité régionale. L'ensemble de ces évolutions intervient dans une économie mondiale qui a davantage reporté les tensions qu'elle ne les a résolues. L'impasse entre deux gouvernements est ainsi devenue un scénario que tout armateur et tout assureur doit désormais intégrer dans sa planification.

C'est précisément ainsi que se manifeste la convergence des crises, et le domaine maritime en est aujourd'hui l'épicentre. Les routes maritimes constituent le système circulatoire de l'économie mondiale. Une décision en matière de sanctions, un conflit régional ou une tension sur les marchés des matières premières, autrefois distincts, convergent désormais sur les mêmes espaces maritimes, les mêmes routes commerciales et, bien souvent, les mêmes navires. Quelle que soit l'évolution de chacun de ces foyers de tension, l'instabilité en mer devrait perdurer pendant plusieurs mois. Dans ce contexte, l'approche la plus réaliste consiste à élaborer des plans fondés sur l'hypothèse que les perturbations dureront, plutôt que d'attendre un retour à la normale. 

Le véritable défi n'est plus la prise de conscience

Les armateurs, les exploitants, les assureurs et leurs conseillers connaissent parfaitement cet environnement. La véritable difficulté consiste désormais à intégrer efficacement l'ensemble des informations disponibles. Trop souvent, les renseignements maritimes arrivent tardivement, de manière fragmentée ou sans le contexte opérationnel nécessaire pour permettre une prise de décision rapide. Les assureurs attendent en outre que chaque alerte soit étayée par une validation fiable et accompagnée d'un dispositif d'escalade adapté.

Le contexte actuel exige un dispositif intégré associant renseignement en temps réel, validation rapide et soutien opérationnel. Cela implique un suivi en direct des navires, des analyses comportementales alimentant l'expertise humaine, une diffusion immédiate du renseignement jusqu'aux navires en mer, une surveillance continue de l'exposition aux sanctions ainsi que des équipes d'intervention prêtes à agir lorsque les mesures préventives ne suffisent plus. Les organisations capables d'offrir une véritable intégration entre conseil stratégique et capacité opérationnelle demeurent rares, alors même que cet environnement en fait une nécessité.

Pourquoi l'étendue de l'expertise fait la différence

Chez Crisis24, notre activité dédiée à la sécurité maritime et à la gestion des risques s'est développée au même rythme que l'évolution de ces menaces. Depuis plus de trente ans, nous accompagnons nos clients dans les zones maritimes les plus sensibles du monde, notamment au large de la Somalie, dans le golfe de Guinée, en Asie du Sud-Est et dans d'autres régions à haut risque. Notre expertise couvre l'ensemble du cycle de gestion de crise, depuis la veille et le renseignement jusqu'au conseil stratégique et aux opérations de réponse.

Notre nouveau Centre des opérations maritimes de Manille assure cette mission en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Cette couverture mondiale est essentielle, car les crises convergentes ne respectent ni les frontières géographiques ni les limites entre disciplines. Les professionnels chargés de les gérer doivent être capables d'adopter la même approche intégrée. Ce discernement ne s'improvise pas : il se construit au fil des situations, jour après jour.

Pour en savoir plus sur les services de sécurité maritime et les capacités de gestion des risques de Crisis24, contactez nos experts. 

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