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Analyse

Soudan : un engagement du Golfe durable malgré l’escalade au Moyen-Orient

30 MARS 2026

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5 mins de lecture


Aerial view of the metropolitan area of Khartoum the Capital of Sudan,

La guerre au Soudan devrait se prolonger, soutenue par les appuis rivaux de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, ancrés dans des intérêts stratégiques et économiques durables, peu susceptibles d’être remis en cause par l’escalade du conflit au Moyen-Orient. L’effet le plus immédiat de cette escalade se manifeste plutôt par un durcissement des tensions internes au sein des Forces armées soudanaises (SAF), dont la direction doit arbitrer entre sa dépendance à des milices liées à l’Iran et son alignement sur l’Arabie saoudite.

Par ailleurs, la consolidation territoriale le long d’une ligne de fracture Est-Ouest émergente rend le statu quo militaire le scénario le plus probable, prolongeant l’une des pires crises humanitaires au monde depuis des décennies.

Le soutien saoudien et émirati a donné aux SAF et aux Forces de soutien rapide (RSF) une dynamique qu’aucune des deux parties ne pourrait maintenir seule. La poursuite de ces appuis extérieurs contraindra probablement chaque acteur à égaler l’engagement de l’autre, renforçant une dynamique concurrentielle et rendant tout désengagement de plus en plus difficile.

Points clés

  • L’escalade du conflit au Moyen-Orient ne devrait pas perturber de manière significative le soutien saoudien et émirati aux factions en guerre au Soudan. 
  • Le conflit soudanais offre peu de perspectives crédibles de désescalade. Le soutien extérieur durable et la consolidation territoriale réduisent les incitations à négocier pour les SAF comme pour les RSF (Forces de soutien rapide). 
  • Une prolongation du conflit constitue le scénario le plus probable au Soudan et, pour le reste de l’année 2026, accroît sensiblement le risque de débordement vers des États voisins fragiles. 

Analyse

Près de trois ans après le début de l’un des conflits les plus meurtriers d’Afrique, les combats au Soudan ne montrent que peu de signes d’apaisement. Déclenché en avril 2023 par une lutte de pouvoir entre le chef des SAF, le général Abdel Fattah al-Burhan, et son ancien adjoint ainsi que chef des RSF, le général Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), le conflit s’est transformé en confrontation prolongée soutenue par des ressources importantes.

Les deux camps conservent des capacités militaires significatives et financent leurs opérations grâce aux revenus de l’or. Les estimations récentes évoquent des centaines de milliers de morts, 12 millions de déplacés et des millions de personnes confrontées à des besoins humanitaires aigus.

Les acteurs extérieurs sont devenus le facteur déterminant du maintien du conflit. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis soutiennent des factions rivales pour des raisons géostratégiques distinctes mais complémentaires, inscrivant le conflit dans une compétition plus large pour l’influence le long du corridor de la mer Rouge. Riyad cherche à sécuriser un accès stratégique à la mer Rouge afin de diversifier ses routes d’exportation énergétique, tandis qu’Abou Dhabi vise un accès portuaire pour consolider sa présence dans les corridors du commerce mondial.

Le soutien émirati constitue le facteur externe le plus déterminant sur le terrain, facilitant les opérations des RSF et la prise de l’un des derniers grands centres urbains du Darfour. Le soutien saoudien est davantage d’ordre politique et économique, contribuant à maintenir les structures de gouvernance alignées sur les SAF et à renforcer leur légitimité.

Impact du conflit au Moyen-Orient sur le Soudan

La pression croissante exercée par l’Iran sur les États du Golfe ces dernières semaines a des implications militaires pour le Soudan, mais elle ne devrait pas remettre en cause l’engagement stratégique de Riyad et d’Abou Dhabi auprès des factions en guerre, malgré les tensions accrues sur leurs capacités de défense intérieure. Si ces États devraient prioriser leurs stocks d’intercepteurs et leurs infrastructures de défense aérienne, rien n’indique qu’ils aient fourni des capacités défensives significatives aux belligérants soudanais.

Le conflit au Moyen-Orient ne devrait pas non plus affecter de manière significative les flux financiers et logistiques vers le Soudan. L’engagement financier des Émirats est considérable, se chiffrant en centaines de millions, voire en milliards de dollars. Abou Dhabi et Riyad cherchent tous deux à accéder aux réserves d’or soudanaises, estimées à 2 000 tonnes. Si les investissements saoudiens sont plus modestes, ils s’inscrivent également dans cette logique d’exploitation aurifère.

Ces investissements montrent que l’engagement du Golfe au Soudan dépasse la simple tactique et s’inscrit dans une stratégie économique de long terme liée à l’accès aux ressources. Les deux capitales misent probablement sur les profits miniers futurs conditionnés à la victoire de leur camp respectif.

Dynamiques internes et trajectoire du conflit

Les tensions issues du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran accentuent les fractures internes au sein des SAF. Le soutien iranien, concentré auprès des factions islamistes, alimente ces divisions. La direction des SAF devrait adopter une posture prudente, en privilégiant les priorités nationales tout en affichant sa solidarité avec les États du Golfe.

Malgré ces tensions internes, aucune des parties ne semble prête à négocier. Les gains territoriaux enregistrés en 2025 ont consolidé une division géographique. À l’Est, l’administration dirigée par les SAF à Port-Soudan contrôle environ les deux tiers du pays et bénéficie d’une reconnaissance internationale. À l’Ouest, les RSF ont établi depuis août 2025 une administration parallèle basée à Nyala, contrôlant l’ensemble du Darfour occidental.

Au-delà des frontières soudanaises, la pression iranienne sur les Émirats et l’Arabie saoudite a contribué à atténuer temporairement leurs tensions. Cette convergence tactique face aux frappes iraniennes ne devrait toutefois pas supplanter leur rivalité géostratégique de long terme.

Implications

Dans les semaines à venir, la situation au Soudan devrait se détériorer. L’agression iranienne contre les États du Golfe est très susceptible de freiner les efforts diplomatiques dans la région. Les initiatives de négociation menées par les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats ou l’Égypte devraient être reléguées au second plan, les États du Golfe se concentrant sur les menaces immédiates.

Les tensions autour du détroit d’Ormuz pourraient renforcer l’importance stratégique de la mer Rouge, intensifiant la compétition internationale dans la Corne de l’Afrique.

Pour le reste de l’année 2026, la prolongation du conflit au Soudan accroît significativement le risque de débordement vers des États voisins fragiles, notamment le Tchad, l’Éthiopie, la République centrafricaine et le Soudan du Sud, aggravant des vulnérabilités sécuritaires, humanitaires et politiques que ces pays peinent déjà à absorber.


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